Découvrir

Un modèle de la constitution de l’être humain

Qu’est-ce que l’Homme ?

La dernière question de Kant et la réponse de la sagesse immémoriale

Le philosophe allemand du XVIIIe siècle, Emmanuel Kant, considérait que trois questions majeures se posent en philosophie :

  • Que puis-je connaître ?
  • Que dois-je faire ?
  • Que m’est-il permis d’espérer ?

Emmanuel Kant
(1724 – 1804)

La dernière question que Kant posait à la fin de sa vie intègre les trois premières, ou plutôt les sous-tend : « Qu’est-ce que l’homme ? »

Le grand penseur contemporain Edgar Morin (102 ans à la date à laquelle je rédige cet article !) évoque dans Les souvenirs viennent à ma rencontre « une obsession essentielle, inépuisable, inépuisée, celle qu’exprimait Kant et qui n’a cessé de m’animer : Que puis-je savoir ? Que puis-je croire ? Que puis-je espérer ? Inséparable de la triple question : qu’est-ce que l’homme, la vie, l’univers ? »

[ Peinture numérique sur toile de Pierre Tomy Le Boucher ]

Edgar Morin :

« Qu’est-ce que l’homme, la vie, l’univers ?Cette interrogation, je me suis donné le droit de la poursuivre toute ma vie. »

A la triple interrogation de Kant reformulée par Edgar Morin, la sagesse immémoriale propose une réponse limpide. Annie Marquier l’explicite pour nous.

Annie Marquier

Voici donc un modèle de la constitution de l’être humain présenté par Annie Marquier, dans ses ouvrages Le Pouvoir de choisir et La liberté d’être.

Selon ce modèle, nous reconnaissons que l’essence même de l’être humain est constituée d’une « conscience supérieure », appelée de noms divers selon les traditions :

  • le Moi supérieur
  • l’Ange solaire
  • le Soi spirituel ou le Soi divin
  • l’Ange de la présence
  • le Christ intérieur
  • l’Ego (avec un E majuscule)
  • l’Esprit
  • le dieu intérieur
  • Atman

Ici, nous appellerons cette essence de l’être humain tantôt le Soi, tantôt l’âme.

C’est une expression directe d’une conscience très élevée, d’une conscience que l’on peut qualifier de « divine » pour exprimer, entre autres, le fait qu’elle est porteuse de toutes les qualités les plus belles et les plus grandes que l’être humain puisse imaginer. Il n’est pas possible de décrire verbalement cette essence, car sa réalité se se situe bien au-delà de la conscience mentale qui utilise les mots. Pourtant, dès que l’être humain se développe un tant soit peu intérieurement, il est capable de pressentir cette réalité et plus tard de l’expérimenter directement et clairement.

Nous considérerons ici que l’être humain est essentiellement ce Soi, cette âme.

La métaphore de la calèche

Pour avoir une idée générale du fonctionnement de l’être humain et de la source de ses difficultés, nous rappellerons une analogie de la structure humaine issue des traditions orientales.

Selon cette analogie, l’être humain est constitué d’un ensemble constitué d’une calèche, d’un cheval qui la tire, d’un cocher dirigeant le cheval, et du Maître assis dans la calèche en arrière du cocher. L’ensemble avance sur un chemin.

[Dessin de Françoise Singer]

La charrette représente le corps physique ; le cheval, le corps émotionnel ; le cocher, le corps mental et le Maître, le Soi ou l’âme. Le chemin est le symbole du grand voyage du Soi dans le monde de la matière pour en faire l’expérience et en acquérir la maîtrise grâce à une personnalité bien coordonnée.

Pour avancer efficacement sur le chemin, il est nécessaire de posséder :

  • une charrette en bon état…

… c’est à dire un corps physique en santé, spécialement un système nerveux et un cerveau au maximum de leur rendement physique.

Il est également nécessaire d’avoir :

  • un bon cheval ;

Plus celui-ci est fort, plus on avance vite et plus on a de possibilités de découvertes et d’expériences. Cela veut dire qu’il est bon de posséder un système émotionnel puissant. Par contre, un cheval très vigoureux doit être dirigé, sinon il risque de s’emballer et de se mettre à cavaler n’importe où, de façon tout à fait inappropriée. Si cela se produit, on se retrouve en général dans le fossé, avec une charrette – le corps physique – souvent bien endommagée. C’est ce qui se passe lorsqu’on laisse notre vie être dirigée par nos émotions et uniquement par elles.

Si on laisse notre vie être dirigée uniquement par nos émotions, on se retrouve facilement dans le fossé.

Le cheval est pourtant nécessaire pour tirer efficacement la charrette. Le bon état du corps physique dépend beaucoup du nombre de fois où il s’est emballé, allant dans le fossé, brisant la charrette, et du nombre de fois où le cocher – le mental – s’est trouvé incapable de maîtriser le cheval. On sait que l’état de notre corps physique dépend beaucoup de nos émotions.

En principe, le cocher devrait diriger intelligemment le cheval et utiliser toute cette puissance avec sagesse. Le rôle du cheval – les émotions – est donc de fournir l’énergie qui fait avancer les choses dans le monde matériel ; le rôle du cocher – le corps mental – est de diriger cette énergie avec sagesse. Mais le cocher n’a pas la connaissance du chemin. Pour cela, il doit savoir écouter les directives provenant du Maître assis dans la charrette – le Soi – et les exécuter fidèlement. Pour que le voyage soit intéressant et harmonieux, l’ensemble doit être dirigé par le Maître qui, lui seul, a la connaissance exacte de la réalité à chaque instant.

Écouter les directives provenant du Maître assis dans la calèche – le Soi

Ainsi, pour que la partie mentale de l’être humain réalise pleinement sa fonction, il lui faut :

  • d’une part, développer sa capacité d’être en relation directe et consciente avec l’âme afin d’en recevoir clairement les directives
  • et d’autre part, développer une connaissance de la nature émotionnelle afin d’en rester maître lorsque celle-ci s’emballe, et afin d’être capable de diriger l’énergie qu’elle représente avec sagesse.
  • Elle doit également savoir entretenir la charrette de façon intelligente et efficace.

Lorsque ce fonctionnement idéal du mental est réalisé, nous avons une personnalité (ensemble physique, émotionnel et mental) totalement au service du Maître. Le Soi peut alors se manifester complètement dans le monde physique avec toutes ses qualités. Or, nous n’en sommes pas encore là…

La métaphore du violoniste

Le Soi existe à un niveau vibratoire plus élevé que celui des trois mondes (physique, émotionnel et mental), et a besoin d’un instrument pour exprimer sa volonté à ces trois niveaux inférieurs.

Cet instrument est ce que nous connaissons comme étant la forme humaine, constituée d’un corps physique-éthérique, d’un système émotionnel et d’un système mental. Nous appellerons cet instrument la personnalité ou l’ego.

Nous considérons donc qu’intrinsèquement, l’être humain est une âme possédant un instrument – la personnalité – qui doit lui permettre de s’exprimer dans les trois mondes.

On pourrait comparer l’âme à un violoniste qui a besoin d’un violon (la personnalité) pour exprimer concrètement la beauté de la musique qu’il porte en lui.

En ce qui nous concerne actuellement, l’instrument est encore en construction. Le but de ce qu’on appelle le processus « d’évolution » n’est pas encore atteint; c’est pour cela que, même si, en essence, chaque être humain est parfait au niveau du Soi, cette perfection ne se manifeste pas concrètement sur la terre, loin de là.

Au lieu de la paix du Soi on trouve la guerre, à la place de l’amour on trouve la peur et la haine, au lieu de la joie on vit la peine, au lieu de la connaissance on trouve l’ignorance; la beauté est cachée par le manque d’harmonie, le respect est bafoué par la manipulation, le bonheur disparaît sous la souffrance; au lieu de la liberté et de la maîtrise on trouve les limitations et l’impuissance…

Si l’on reprend l’analogie du musicien et de son instrument, le Soi est un violoniste génial, merveilleusement inspiré et d’un talent extraordinaire. L’ego est un violon encore en construction : la caisse n’est pas encore tout à fait terminée, le système de chevilles pour accorder n’est pas encore au point. Aussi génial que soit le violoniste, il ne peut pas faire de la très belle musique. Aussi parfaite que soit notre âme, elle ne peut pas encore exprimer toute sa beauté, sa richesse et sa puissance dans ce monde.

La structure actuelle de l’être humain, particulièrement celle de sa personnalité (l’état du violon), est le résultat du processus complexe qu’on appelle involution-évolution. Nous sommes actuellement en plein milieu de son déroulement.

Le violon n’est pas terminé; notre personnalité n’est pas encore tout à fait au point. Si nos comportements ne sont pas encore tous empreints de sagesse, d’amour, de sérénité et d’intelligence, ce n’est pas parce que l’on est incapable ou méchant. C’est tout simplement parce qu’au niveau de la personnalité, nous sommes en construction, nous ne sommes pas finis…

Terminés les blâmes et la culpabilité parce que l’on n’est pas un saint; personne n’est à blâmer. Il suffit simplement de se rendre compte de cette réalité, de ne pas en vouloir au violon parce qu’il ne fonctionne pas bien, de ne pas exiger qu’il joue comme celui du voisin, de prendre responsabilité de notre instrument et de continuer à le construire et à le perfectionner afin que l’on puisse en tirer des sons de plus en plus beaux, expression du génie de l’artiste que nous sommes tous en essence.


Merci aux éditions Solid’Air pour les amples extraits des ouvrages d’Annie Marquier.


Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En laissant votre commentaire, vous acceptez la Politique de confidentialité et cochez à cet effet la case ci-dessous.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.