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Mort ou pas ? Troisième partie de ma chronique

Voici la troisième partie de ma chronique de l’ouvrage de Pim Van Lommel, cardiologue néerlandais, consacré aux dernières découvertes médicales sur les EMI — les expériences de mort imminente. Nous allons y parler de cerveau et de conscience, mais avant cela, nous allons voir l’expérience fondamentale de Pim Van Lommel.

 

MORT OU PAS ? Les dernières découvertes médicales sur les EMI

 

Mort ou pas ? Les dernières découvertes médicales sur les EMI

La première partie de ma chronique est consultable ici, et pour la deuxième partie cliquez là.

 

L’étude prospective hollandaise de Pim Van Lommel sur les EMI

Comme nous l’avons vu dans la seconde partie de cette chronique, toutes les études réalisées sur les EMI ont d’abord été des étude rétrospectives, c’est-à-dire des études où des volontaires se présentent pour répondre, et nous ne savons pas pourquoi certaines personnes se déclarent volontaires et d’autres non, ce qui biaise les résultats.

Dans une étude prospective, c’est quelques jours après leur réanimation que les patients sont interrogés sur ce qui s’est passé pendant leur période d’insconscience, et on questionne tous les patients en situation objective de danger mortel après un arrêt cardiaque.

Jusqu’en 1988, aucune étude prospective d’envergure sur les EMI n’avait été réalisée dans aucun pays de la planète. C’est pourquoi, en cette année 1988, Pim Van Lommel a décidé de conduire une étude prospective de grande ampleur.

Organisation de l’étude

L’étude prospective s’est doublée d’une étude longitudinale des changements personnels intervenus chez les patients après leur EMI, au moyen d’entrevues d’abord au bout de deux ans, puis après huit ans.

Pim Van Lommel s’est adjoint les services de deux psychologues spécialisés dans les EMI, Ruud van Wees et Vincent Meijers, qui ont coordonné les entretiens de suivi à deux ans, puis d’une troisième psychologue, Ingrid Elfferrich, qui a mené les entretiens de suivi à huit ans.

L’étude a été conçue, mise au point et coordonnée par la Fondation Merkawah, la branche hollandaise de l’association IANDS, association internationale pour l’étude des états proches de la mort.

Tous les résultats ont été confrontés à ceux d’un groupe de contrôle de patients revenus à la vie après un arrêt cardiaque sans avoir eu d’EMI.

Pim nous informe que cette question — savoir si les changements observés dans la vie des patients étaient des conséquences du retour à la vie après un arrêt cardiaque ou s’ils étaient effectivement attribuables à l’EMI — n’avait jamais fait l’objet d’une étude systématique.

L’étude s’est déroulée en 3 phases entre 1988 et 1998 et a porté sur un total de 344 patients.

Conclusions essentielles de l’étude prospective

Pim nous déclare  que lui et son équipe ont été particulièrement surpris de découvrir que l’incapacité des facteurs médicaux, psychologiques ou pharmacologiques, à expliquer le déclenchement d’une EMI chez les patients.

  1. Aucune EMI n’a pu être déclenchée par une anoxie — oxygénation insuffisante du cerveau.
  2. L’explication pyschologique par la peur de la mort est improbable puisque la plupart des patients n’ont ressenti aucune peur de la mort avant leur arrêt cardiaque ; celui-ci s’est produit si brusquement qu’ils ne l’ont même pas senti venir.
  3. L’explication pharmacologique a dû être éliminée, les médicaments administrés n’ayant eu aucun effet sur le déclenchement d’une EMI.

 

Comment l’étude a-t-elle été accueillie par le milieu médical et la presse ?

La diffusion dans le monde entier de la revue médicale The Lancet a fait que l’étude de Pim Van Lommel, publiée dans cette revue en décembre 2001, a rencontré un écho considérable.

Pim nous informe que :

“L’étude a non seulement occupé la une de tous les grands journaux d’Europe, des USA, du Canada et de l’Australie, mais elle a fait les gros titres dans des pays comme la Russie, la Chine, l’Inde, le Sri Lanka, le Japon, le Brésil et l’Argentine. “

Pendant plusieurs jours, Pim a dû réorganiser tout l’emploi du temps de sa clinique pour pouvoir répondre aux demandes d’interview des médias nationaux et internationaux.

Pim nous déclare aussi qu’en ce qui concerne la réception de l’étude par les milieux médicaux et scientifiques, elle a été assez variable, avec plusieurs critiques acerbes de la part de médecins membres d’associations anti-charlatanisme et anti-sectes.

Je note que Pim mentionne dans son ouvrage les critiques méprisantes formulées à son égard, en faisant preuve lui-même de la plus grande neutralité et sans le moindre sentiment négatif envers ses détracteurs plein de fiel.

Comparaison avec d’autres études prospectives postérieures

Trois études prospectives de moindre envergure ont été menées après l’étude hollandaise :

  1. Une étude américaine publiée en 2003 par Bruce Greyson, professeur émérite de pyschiatrie et de sciences neurocomportementales ;
  2. Une étude britannique publiée en 2001 par Sam Parnia, médecin en soins intensifs, et Peter Fenwick, neuropsychiatre ;
  3. Une autre étude britannique, de Penny Sartori, infirmière et chercheur médical, publiée en 2006.

Selon Pim Van Lommel, ces trois études sont parvenues aux mêmes conclusions qu’il a menée avec sa propre équipe :

  • L’EMI se produit pendant l’arrêt du coeur, et non juste avant ou juste après ;
  • L’arrêt du coeur implique la perte de toutes les fonctions cérébrales ;
  • Aucune cause physiologique ni psychologique ne peut expliquer l’EMI.

 

Que se passe-t-il dans le cerveau lorsque le cœur s’arrête ?

L’affirmation que l’arrêt du coeur implique la perte de toutes les fonctions cérébrales doit être questionnée, nous dit Pim Van Lommel.

Mesures de la perte d’activité cérébrale pendant un arrêt cardiaque

En cas d’arrêt cardiaque, l’absence de tension artérielle et de respiration provoque immédiatement l’inconscience et la perte de tous les réflexes du corps et du tronc cérébral.

Cela veut-il vraiment dire, s’interroge Pim, que toutes les fonctions cérébrales ont cessé ? Peut-on le mesurer ?

L’électroencéphalogramme (EEG) enregistre l’activité électrique surtout dans le cortex, mais pas dans tout le cerveau.

D’aucuns avancent, nous dit Pim, qu’une irrigation insuffisante du cerveau et un EEG plat n’excluraient pas une activité quelque part dans le cerveau.

Mais la question n’est pas là, rétorque Pim : il ne s’agit pas de savoir s’il subsiste une minuscule activité quelque part dans le cerveau, mais ” s’il y a le moindre indice de ces formes spécifiques d’activité cérébrale qui, selon  les  neurossciences actuelles, seraient indispensables à toute expérience de la conscience. “

Or nous observons deux choses :

  1. Il n’y a pas le moindre signe de ces formes spécifiques d’activité cérébrale dans les EEG des patients en arrêt cardiaque.
  2. Il arrive que l’EEG enregistre une activité du cerveau alors qu’aucune conscience de veille n’est présente.

Inutile de dire, nous dit Pim malgré tout, qu’on ne pratique pas d’EEG en cas d’arrêt cardiaque “spontané “. On ne pratique un EEG dans une situation d’arrêt cardiaque que lorsqu’il s’agit  d’un arrêt cardiaque provoqué, pour des études électrophysiologiques ou des mesures de seuil pendant la pose d’un défibrillateur implantable.

 

Cerveau et conscience

Les instruments de mesure dans les recherches sur le cerveau

Les activités électriques, magnétiques et chimiques dans le cerveau peuvent être mesurées au moyen de différents intruments :

  1. L’électroencéphalogramme (EEG), qui enregistre l’activité électrique dans le cortex, comme on vient de le voir ;
  2. Le magnétoencéphalogramme  (MEG), qui enregistre l’activité magnétique du cerveau ;
  3. L’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), qui peut signaler des variations dans le flux sanguin, parce que l’image du sang contraste avec celle des tissus environnants ;
  4. La tomographie à émission de positrons (TEP), technique qui permet, grâce à l’injection d’une substance radioactive, de donner des informations plus directes sur les différences d’activité métabolique des neurones.

Les mesures fournies par ces quatre instruments  semblent indiquer, nous dit Pim Van Lommel, que les réseaux neuraux jouent un rôle dans la manifestation de pensées, sensations et souvenirs.

Mais cela ne signifie pas que les neurones produisent effectivement et emmagasinent nos pensées et émotions.

Conscience et structures anatomiques du cerveau

Nous savons que notre conscience de veille dépend de trois structures déterminées et des connexions entre elles :

  1. Le système réticulaire activateur ascendant (SRAA), dans le tronc cérébral ;
  2. Le cortex cérébral, en particulier le lobe frontal, les lobes temporaux et les lobes pariétaux ;
  3. Les connexions entre tronc cérébral et cortex, via l’hypothalamus et l’hippocampe.

Lobes du cerveau

Merci à Wikipedia

Système limbique

Merci à neuromedia.ca

La collaboration entre ces trois structures joue un rôle dans l’expérience de la conscience de veille, mais il n’existe pas de preuve directe, nous dit Pim, que les neurones produisent l’essence subjective de notre conscience et de la manière dont ils le feraient.

Activité neurale et conscience

Jusqu’ici, écrit Pim, aucune étude neurophysiologique n’a identifié de correspondance exacte entre des activités neurales spécifiques et le contenu spécifique de souvenirs, expériences, sensations ou pensées.

De nos jours, les scientifiques parlent simplement de corrélation neurale de conscience, ce qui veut dire qu’il existe une certaine relation entre des activités cérébrales enregistrées et l’expérience de la conscience.

Mais une telle corrélation :

  • n’indique rien en matière de cause ou d’effet
  • ne dit rien non plus du contenu d’une expérience subjective.

La mise en évidence d’une activité neurale ne signifie rien d’autre que la présence de structures actives.

On peut faire un parallèle avec un poste de radio, nous dit Pim :

” Activer une station de radio n’a aucune influence sur le contenu de ses programmes. “

En d’autres termes,

” Un certain état neuronal n’est pas équivalent à un certain état de conscience. “

 

Des points de vue opposés

Le point de vue de la plupart des scientifiques

Nous avons d’un côté la plupart des scientifiques, note Pim, qui continuent à soutenir l’idée que les processus cérébraux sous-tendent tous les aspects de la conscience !

Voici par exemple ce qu’affirment Jeffrey Saver et John Rabin (Journal of Neuropsychiatry, 1997, 9, n°3) :

” Toute expérience humaine prend son origine dans le cerveau, que ce soient le raisonnement scientifique, les déductions mathématiques, le jugement moral et la création artistique, ou les états d’esprit religieux… Il n’existe pas d’exception à cette règle. “

Le philosophe Daniel Dennett et la psychologue Susan Blackmore aiment comparer le cerveau à un ordinateur complexe, et prétendent même que la conscience n’est qu’une illusion causée par les activités de cet ordinateur.

D’autres sons de cloche sur le cerveau

Voici celui du neuropsychiatre Jeffrey Schwartz :

” Les discussions philosophiques et scientifiques traditionnelles peuvent continuer à privilégier le point de vue matérialiste, puisque chacun restreint ses questions au domaine où le matérialisme n’est pas remis en cause. “

 

Simon Berkovich, expert en informatique, a calculé qu’en dépit du nombre considérable de synapses que contient le cerveau, sa capacité de stockage est totalement insuffisante pour contenir les souvenirs de toute une vie, avec les émotions qui y sont associées.

Le neurobiologiste Herms Romijn a aussi démontré, nous dit Pim, que le stockage de tous les souvenirs dans le cerveau est anatomiquement et fonctionnellement impossible.

Les neuroscientifiques et lauréats du Prix Nobel Charles Scott Sherrington et John Carew Eccles voient le cerveau comme un organisme complexe qui enregistre et transmet la conscience, plutôt que de la produire.

Mario Beauregard est convaincu lui aussi que le cerveau ne fait que faciliter l’expérience de la conscience.

 

Du cerveau à Dieu

 

Pour conclure provisoirement sur la question des liens entre cerveau et conscience, voici des propos tenus par le philosophe Alva Noë, extraits de son ouvrage Out of our heads :

Out of our heads

La recherche contemporaine sur la conscience en neurosciences repose sur des fondements jamais remis en question et qui pourtant mériteraient de l’être. La conscience ne se produit pas dans le cerveau… “


Alors, finalement, Mort ou pas ?

Je ne peux pas vous répondre pour l’instant, car nous n’en avons pas terminé avec cette chronique !

Une autre partie nous attend, dans laquelle nous parlerons inévitablement de la physique quantique, pour évoquer la conscience infinie en lien avec les expériences de mort imminente.

En guise de mise en bouche, je vous propose de méditer ces propos d’Erwin Schrödinger :

” Il ne s’agit pas tant de voir ce que personne n’a jamais vu, mais de penser ce que personne n’a encore jamais pensé, à propos de ce que tout le monde peut voir. “

 

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